La chaise rouge

2015 – 2017

Il arrive parfois que les gestes les plus simples prennent une ampleur inattendue. Une enveloppe, une image, une boîte aux lettres. Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, c’est à travers cette routine qu’un langage nouveau a surgi, un langage sans mots, mais plein de présence.

Tout a commencé par des lettres. Un père apprend le français pour rester proche, pour maintenir le lien avec sa fille, partie de Hambourg pour vivre à Paris. Ses phrases, parfois maladroites, étaient pleines de tendresse, d’efforts et d’imprécisions charmantes. Une langue étrangère qui révélait, à travers ses détours, une intimité inattendue.

Et puis, le silence. L’AVC, les lésions, la perte du langage. Quand tout ce qui se disait avec des mots s’efface brutalement, il faut trouver d’autres chemins. Alors les rôles s’inversent. C’est la fille qui prend le relais. Elle apprend à son tour un langage nouveau.

Une photographie par jour, pendant 678 jours, glissée dans une enveloppe, postée sans attente de réponse. Ce rituel devient un langage en soi. Il prend soin. Il tisse un fil. Il dit sans dire : « Je pense à toi. Tu es là. Je te parle encore. » Ces photographies, choisies jour après jour, racontent un quotidien transfiguré par l’attention. Un regard porté sur Paris, sur son monde, qui devient présence, mémoire.

C’est un acte de résistance face à l’effacement.
Un journal visuel, où l’émotion se dit par les formes, les fragments de vie.
Un travail né du silence pour continuer à communiquer avec son père.

Sometimes, the simplest gestures take on an unexpected significance. An envelope, an image, a mailbox. Nothing extraordinary at first glance. And yet, through this routine, a new language emerged — a language without words, but full of presence.

It all began with letters. A father learns French to remain close, to maintain a connection with his daughter, who left Hamburg to live in Paris. His sentences, sometimes awkward, were filled with tenderness, effort, and charming imperfections. A foreign language that, through its detours, revealed an unexpected intimacy.

And then, silence. The stroke, the brain damage, the loss of language. When everything that could be expressed through words suddenly disappears, other paths must be found. The roles are reversed. The daughter takes over. She, too, learns a new language.

One photograph a day, for 678 days, slipped into an envelope and mailed without any expectation of a reply. The ritual itself becomes a language. It takes care. It weaves a thread. It says without saying: “I’m thinking of you. You are here. I’m still talking to you.” Chosen day after day, these photographs tell of an everyday life transformed by attention. A gaze cast upon Paris, upon her world, becoming presence and memory.

It is an act of resistance against erasure.
A visual diary in which emotion is expressed through forms and fragments of life.
A work born from silence, to continue communicating with her father.